Reading Comprehension

Compréhension écrite

Lisez attentivement les deux textes suivants. Vous les utiliserez pour rédiger votre production écrite. Aucune question directe n'est posée sur ces textes : la compréhension s'évalue à travers la qualité de votre synthèse et de votre essai.

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We Learn French

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Document 1 — L'identité en question dans la littérature française postcoloniale

L'IDENTITÉ EN QUESTION DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE POSTCOLONIALE Depuis la fin du vingtième siècle, un courant littéraire puissant traverse et interroge les fondements de ce que l'on a longtemps appelé, avec une certaine évidence naïve, « l'identité française ». Des auteurs comme Édouard Glissant, Maryse Condé, Leïla Slimani ou Kamel Daoud ne se contentent pas d'enrichir le canon littéraire français : ils le décentrent, le fissurent, le contraignent à se penser autrement. Ce faisant, ils posent une question à la fois littéraire et politique : qu'est-ce qu'écrire en français quand cette langue est à la fois l'héritière d'une domination coloniale et l'instrument d'une émancipation individuelle et collective ? Glissant, l'un des penseurs les plus originaux de cette problématique, a forgé la notion de « créolisation » pour rendre compte d'une identité fondamentalement relationnelle, faite de rencontres, d'imprévisibles métissages culturels, irréductible à toute essence fixe. Contre le « Même » qui s'affirme et se referme sur lui-même, il défend le « Divers », cette profusion bariolée du monde qui résiste à toute systématisation. Pour Glissant, la littérature antillaise d'expression française n'est pas une littérature de l'entre-deux, de la nostalgie et du manque : elle est une littérature du Tout-Monde, un espace où les filiations multiples se tissent sans hiérarchie. Cette remise en cause des frontières identitaires ne va pas sans tensions. La question de la langue reste centrale : écrire en français, c'est habiter une maison dont les fondations ont été posées par d'autres, dans d'autres contextes, pour d'autres fins. Certains auteurs, comme Ahmadou Kourouma dans Les Soleils des indépendances, ont choisi de subvertir la syntaxe française de l'intérieur, en y faisant entrer le rythme et la logique d'une autre langue, le malinké. D'autres ont fait de cette tension linguistique le sujet même de leur œuvre, transformant ce qui pourrait être vécu comme une contrainte en une ressource poétique singulière. Ce que ces littératures révèlent, au fond, c'est que l'identité n'est jamais un donné stable : elle est une construction narrative, une histoire que l'on se raconte et que l'on transforme en la racontant.

Document 2 — Le silence dans la musique du vingtième siècle

LE SILENCE DANS LA MUSIQUE DU VINGTIÈME SIÈCLE : UNE ESTHÉTIQUE DU VIDE Il est peu de gestes artistiques qui aient suscité autant de perplexité, de colère et, finalement, d'admiration que la pièce 4'33'' de John Cage, composée en 1952. Le principe en est d'une simplicité provocatrice : l'interprète s'installe au piano, ouvre la partition, et demeure immobile pendant quatre minutes et trente-trois secondes sans produire aucune note intentionnelle. La pièce, affirme Cage, est constituée de tous les sons de l'environnement qui se produisent pendant ce laps de temps. En posant ce geste, Cage ne fait pas que provoquer le monde musical : il renverse une présupposition fondamentale de la pensée musicale occidentale, à savoir que la musique est l'organisation intentionnelle de sons, que le silence n'est que l'absence de musique, le vide entre les notes. Ce renversement conceptuel s'inscrit dans une réflexion plus large sur la notion de bruit et de silence menée au vingtième siècle. Morton Feldman, proche de Cage, développera quant à lui une esthétique du chuchotement, de la nuance infime, du son au seuil de l'inaudible. Ses partitions requièrent une attention d'une qualité particulière : pour les entendre vraiment, il faut être capable d'habiter le silence, de lui accorder une densité, une présence. La pause musicale, dans cette conception, n'est plus un intervalle vide mais un espace de résonance, une suspension chargée de sens. Ces recherches interrogent en profondeur la relation entre le compositeur, l'interprète et l'auditeur. Si le silence est constitutif de la musique, alors écouter devient un acte de création à part entière. L'auditeur qui entend 4'33'' n'est plus spectateur passif d'un objet achevé : il participe à sa fabrication par l'acuité de son écoute. Cette dimension participative anticipe de nombreuses pratiques artistiques contemporaines qui brouillent la frontière entre l'œuvre et sa réception. Ce que Cage et Feldman ont mis en lumière, c'est que la signification musicale ne réside pas dans les sons eux-mêmes, mais dans les relations — entre sons et silences, entre intentionnel et fortuit, entre l'œuvre et celui qui l'accueille.